S.O.S : feu au moteur N°4

Le radio navigant Etienne Nemès, héro d’un accident qui se termine bien.  (Collect. ECE)

Le 17 Février 1947 Etienne Nemes, ci-dessus sur la photo, opère comme radio navigant en compagnie d’un autre ancien de l’Ecole Centrale de TSF. Ils sont à bord d’un Constellation faisant la ligne New York-Paris avec escale aux Açores. Lors du dernier tronçon de ce long voyage il va vivre une aventure avec l’équipage et les quelques passagers qui aurait pu tourner au drame.

Le moteur N° 3 bien endommagé après la perte de l’hélice du moteur N° 4. (Collect. Jean Delmas)

En effet le moteur N° 4 prend feu et perd son hélice qui au passage endommage le moteur N° 3 comme on peut le voir sur la photo ci-dessus (collection Jean Delmas ©). L’avion ne dispose plus que de ses moteurs de gauche pour se poser à Casablanca. Durant tout ce vol la radio va jouer un rôle important pour alerter les secours comme l’ont relaté après l’accident les journaux de l’époque, en particulier le magazine Contact de l’école.

Au sortir de la guerre s’il est un avion qui symbolise tout ce que l’aviation commerciale a de prestigieux, c’est bien le quadrimoteur Constellation de Lockheed avec son légendaire empennage triple. En ce début d’année 1947 la compagnie Air France en possède trois. Elle compte aussi parmi ses équipages nombre d’anciens de l’E.C.T.S.F. qui y officient comme radios navigants, voire comme commandant de bord.

Le 17 Février 1947, le Constellation F-BAZC Gascogne qui fait la ligne New York – Paris quitte les Açores où il a fait escale en route soit pour Casablanca, Lisbonne ou Orly selon l’état de la météo, la décision étant à prendre pendant le vol. Aux commandes il y a le commandant Charles Lechevalier. Sur ce vol on trouve deux radios navigants anciens de l’école : Etienne Némes et Thomas. L’avion emmène six passagers et cinq tonnes de fret, dont deux tonnes de précieux documents relatifs au traité de paix. La météo est mauvaise. Etienne Némes est de quart et il n’arrive pas à établir la liaison avec Lisbonne. On met le cap sur Casablanca.

Après un peu plus d’une heure de vol l’avion laisse loin derrière lui cette zone difficile et l’équipage peut enfin savourer à 6 000 mètres d’altitude la beauté d’un ciel bleu avec sous ses ailes l’immensité des flots. Par acquis de conscience le radio appelle CASA CN02 pour avoir un point météo lorsque durant l’échange le moteur N° 4, celui situé à l’extrême droite s’emballe et prend feu. Puis c’est le moteur N° 3 qui s’emballe. On parvient à stopper les deux moteurs et éteindre le feu. On amène l’avion à 1 300 mètres d’altitude. Il ne vole plus que sur ses deux moteurs de gauche. Mais bien qu’ayant coupé le moteur N° 4 on ne parvient pas à mettre l’hélice en drapeau qui continue donc de tourner comme une folle sous l’effet du vent. La mécanique s’échauffe puis c’est à nouveau l’incendie qui sera une fois encore maîtrisé. Etienne Némes demande du secours.

Les passagers s’équipent de leur gilet de sauvetage. On prépare les radeaux pneumatiques et le poste de radio flottant. On envoie un hydravion à leur rencontre. On est encore loin de Casablanca. Pour tout arranger l’hélice du moteur N° 4 se détache et vient percuter le moteur N° 3 qui prend feu. Némes et Thomas se relaient pour contacter les navires les plus proches. Par chance l’hélice du moteur N° 3 se met en drapeau et après la fermeture des robinets d’essence et d’huile le feu s’arrête. L’avion vole à 60 mètres au-dessus des flots prêt à tout instant à amerrir. Némes maintient le contact permanent avec les cargos puis il établit le contact radio avec le Catalina venu à leur secours.

Par émission régulière de Q.T.G. il le guide jusqu’à lui tout en maintenant le cap sur Casablanca. Enfin l’hydravion est en vue mais pas question d’amerrir. On fera tout pour ramener le Constellation à la maison.
A 20 h 20 GMT l’avion aborde le terrain de Casablanca. A présent c’est la virtuosité et l’extrême sang-froid du commandant Lechevalier qui doivent opérer pour poser cet oiseau blessé qui n’a plus de volets, et pratiquement plus de freins, et qui pour comble de malchance ne peut plus diriger sa roue avant dont le circuit hydraulique de direction est sur les circuits des moteurs 3 et 4. C’est donc à 240 km/h que Gascogne reprend contact avec la terre ferme pour finir par bonheur dans un moelleux bourbier.

Tout le monde est sain est sauf à bord. Une fois encore la radio aura fait la démonstration de son importance permettant à l’équipage de garder un contact permanent avec la terre et les vaisseaux prêts à leur porter secours. Ce qui aurait pu à maintes reprises devenir une tragédie et qui se termina dans l’allégresse comme on peut l’imaginer, inspirera un film héroïque « Aux yeux du souvenir » avec Jean Marais et Michèle Morgan.

JJ Wanègue

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