Roger Houzé : l’un des hommes du nouveau Grenelle

1987 : les nouveaux laboratoires de la rue de Grenelle. (Collect. ECE)

Bienvenue dans l’un des 17 nouveaux laboratoires de la rue de Grenelle. Ici un banc d’essai pour un module haute fréquence avec mire électronique et analyseur de spectre. (collection ECE)

A la rentrée 1987, l’ECE devient le Groupe E.C.E. avec une restructuration en trois unités pédagogiques et une modernisation des locaux et des équipements afin de répondre au plus près aux attentes de l’industrie. La première unité pédagogique est réservée à l’enseignement secondaire avec une orientation électronique ou informatique. Cette unité est implantée au siège historique de l’école, rue de la Lune. La deuxième unité est consacrée à l’enseignement technique supérieur avec la préparation des BTS en électronique, en informatique industrielle, et en informatique de gestion. On adjoint à ces enseignements des formations BTS+ en Génie Logiciel et Cadre Technico-Commercial. Cette unité élit domicile rue de l’Echiquier, locaux occupés par l’école depuis 1937.

Mais la grande réforme impulsée par son nouveau directeur, M. Pierre Mouchel, avec le soutien du directeur des études Jean Frémaux et de son équipe pédagogique, c’est bien sûr la création de cette troisième unité pédagogique dédiée au cycle d’ingénieur étalé sur 3 années. La vocation est de former des ingénieurs d’application polyvalents avec trois dominantes parmi lesquelles les élèves peuvent choisir à partir de leur 2ème année : Electronique, Robotique, et Informatique Système.

L’intégralité des enseignements et des travaux pratiques et de laboratoires se déroulent dans ce qu’on appelle depuis son ouverture en 1948 « l’Annexe Industrielle » de la rue de Grenelle. Nouveaux programmes, nouvelles méthodes pédagogiques, nouvelles matières et évolution des techniques, nouvelle vocation du site, autant d’éléments qui nécessitent une complète transformation du 53 de la rue de Grenelle pour la formation de ces futurs Ingénieurs ECE. Alors dans ce qui fut en des temps très anciens un abattoir avec ses entrepôts comme nous le confie Roger Houzé, ancien élève et professeur à l’école depuis la fin des années 50, les coups de pioche vont bon train.

Tout ce remue-ménage avec sa poussière et ses gravats amènent quelques médias à s’intéresser à cette mue. C’est ainsi que Roger Houzé nommé pour la circonstance chef des travaux du nouveau centre d’ingénieurs reçoit un journaliste de la grande presse pour lui présenter les nouvelles installations. Ces installations et les équipements qui les accompagnent ont été mûrement définis en concertation avec ses collègues en fonction des nouveaux programmes et en anticipant au mieux sur les évolutions prévisibles de la technique. A la question du journaliste s’interrogeant sur les capacités de l’arsenal technique pour diversifier l’enseignement et combler les lacunes de chaque filière, notre guide peut répondre par l’affirmative.

En effet le site compte à présent 17 laboratoires et ateliers différents. On vient d’ouvrir un amphithéâtre de 80 places et un autre de 120 places auxquels s’ajoutent trois salles de cours de moyenne importance. Au total l’établissement peut accueillir 432 élèves. Cette précision est importante puisqu’elle est liée à des normes de sécurité, sujet dont Roger Houzé s’occupe à l’école depuis quelque temps déjà. Après cette introduction il invite notre journaliste à visiter le 2ème étage du bâtiment A réservé à l’électronique analogique. On y trouve un laboratoire pour les hyperfréquences, discipline très chère à notre guide qui pour les ondes micrométriques fit tant auprès de bien des générations d’élèves pendant des décennies.

Sentant la curiosité de son visiteur stimulée à la vision de cet imposant appareillage notre hôte part dans un cours improvisé sur l’analogique rappelant les domaines couverts qui vont des basses fréquences aux hyperfréquences, du linéaire aux systèmes convertisseurs les plus sophistiqués. Et nous voici embarqués dans le must de ce sanctuaire avec les radiofréquences et le développement des circuits strip-lines ou les filtres à ondes de surface. Il s’ensuit une présentation des différentes techniques d’analyses associées à ce domaine. Le journaliste note tout ce qu’il peut et déploie bien des efforts pour rester à la hauteur face à son mentor d’exception.

Mais lorsque ce dernier attaque le sujet des oscillateurs à bille d’yttrium ferrimagnétique, le journaliste implore sa clémence. Après un dernier regard sur les cornets hyperfréquences notre duo se dirige vers le 3ème étage où se trouve un autre sanctuaire, celui du numérique et des systèmes électroniques. A nouveau petit cours sur les notions d’acquisition d’un signal, de sa numérisation, de son traitement et des calculs dont il peut faire l’objet. A ce stade le visiteur qui s’accroche de tout son intellect est sur le point de demander son inscription au cours pour la prochaine rentrée.

Ce qui surprend ce reporter venu s’exposer à tant de risques techniques, il est vrai qu’être un envoyé spécial à l’ECE n’est pas sans danger, c’est de voir autant d’ordinateurs mis à la disposition des étudiants. Aujourd’hui la chose ferait sourire. Mais à l’époque l’IBM PC-AT n’a que trois ans d’âge et voir dix de ces machines alignées dans une même salle à de quoi interpeler le visiteur. Au menu on a intelligence artificielle, langage LISP, le Turbo Pascal, Prolog. Bref très vite l’édifice prend des airs de Tour de Babel.

Devant cet entrelacs de techniques le journaliste lorgne sur l’intelligence artificielle, pensant y trouver une discipline salvatrice. Que nenni. Et une petite dose de systèmes experts et de cognitique pour la partie cours, avec pardessus une dose de robotique pour la partie pratique. Décidément ce n’est pas son jour. Alors passons et pour cela empruntons la nouvelle passerelle du 4ème étage pour accéder à l’aile B du bâtiment. Quelque part on entre là dans le cerveau de l’école avec son ordinateur Bull et son ordinateur Altec. On fonctionne sous Unix et ici on utilise déjà un réseau local Ethernet. Le tout dispose d’un serveur VAX fonctionnant sous VMS et le fin du fin est que l’on peut grâce à un frontal IBM se raccorder à des centres de calcul extérieurs.

Lorsque Roger Houzé commence à lui parler d’Oracle le journaliste se sent vraiment transporté en lieu sacré des hautes techniques et se demande si son hôte n’est pas habité par l’esprit de la Pythie. Qu’il se rassure. Point de prophétie dans cette visite. Il ne faut y voir que le panorama de l’ensemble des disciplines et des outils nécessaires à leur enseignement et à leur mise en pratique pour hisser l’ECE au rang des grandes écoles d’ingénieurs. Ce sera la conclusion de sa visite et il retient de ce parcours initiatique que l’école vient de tourner une page de son histoire. Il pourra faire sienne cette phrase qu’inscrivait M. Eugène Poirot dans son éditorial du magazine Contact de Mars 1988 : « Une fois de plus notre Ecole innove et ainsi le groupe E.C.E. est prêt à entrer dans l’aventure scientifique, technologique et pédagogique du troisième millénaire. »

JJ Wanègue

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