Albert Toubiana : un pont entre deux époques

Albert Toubiana à l’écoute des jeunes. (Collect. ECE)

« J’ai enfin l’impression que les adultes l’écoutent .» Telle est la conclusion qu’Albert Toubiana semble tirer lors de cet entretien avec ce jeune élève en 1988. Découvrir les richesses cachées chez chaque élève et aider chacun d’entre eux à prendre conscience de sa valeur, là est la philosophie qui a animé l’action pédagogique d’Albert Toubiana depuis le jour où il est entré à l’ECE en 1971. (photo collection ECE)

Il s’en est passé des choses en 90 ans. C’est vrai que l’ECE des années soixante-dix n’a pas grand-chose à voir avec l’Ecole Centrale de TSF des années vingt et trente, même si l’adresse demeure celle de la rue de la Lune. De la même façon l’ECE des années quatre-vingt-dix n’a plus grand-chose à voir avec l’ECE des années soixante-dix. En 1986 l’école tourne une page importante de son histoire sous l’impulsion de Pierre Mouchel, gendre de M. Poirot. Cette mutation voit l’abandon de certaines activités comme les classes d’enseignement secondaire ou comme certaines spécialités devenues caduques avec par exemple la suppression du cours de dépanneur TV ainsi que celui d’opérateur radio, ce dernier ayant été à l’origine de la création de l’école.

C’est durant cette même mutation que l’école va modifier son enseignement supérieur avec la création d’un cours d’ingénieur correspondant à Bac +5 et l’obtention de son habilitation à délivrer un titre d’ingénieur. Parmi les enseignants et responsables pédagogiques de l’ECE, il en est très peu qui ont connu cette période de mutation et qui peuvent ainsi prétendre être le pont entre deux époques. A notre connaissance il n’y en a qu’un. C’est Albert Toubiana. C’est un curieux garçon qui gravit les marches de la rue de la Lune en ce jour de Septembre 1971. Alors qu’il rentre de vacances, riche de souvenirs ensoleillés et porteur d’une déconcertante insouciance que ses 24 ans lui interdisent de renier, il se présente devant le secrétaire général de l’école.

Un ami lui a dit que l’école recherche un professeur d’anglais. Cela tombe bien il a une licence d’anglais et s’intéresse à l’histoire de l’Europe au XVIIème siècle. Après tout, ça peut être un bon moyen pour se faire de l’argent de poche pour aller au cinéma. On lui fait comprendre que les évènements de 68 n’ont en rien touché l’école et qu’elle n’est pas prête de céder à la mode qui s’est installée auprès de la jeunesse. En somme on lui présente l’établissement comme l’un des derniers bastions du conservatisme. Malgré ce discours protocolaire qui lui paraît être d’un autre temps, Albert Toubiana est là pour la rentrée.

Il se voit confier ce qu’on appelle les classes préparatoires, ou plus ironiquement les « culottes courtes ». Ce sont des élèves qui en difficulté dans l’enseignement public sont venus préparer ici le BEPC en attendant de pouvoir accéder aux classes d’agent technique. D’où cette appellation de classes préparatoires. Venu pour un job, Albert Toubiana se découvre des qualités de pédagogue et éprouve un réel plaisir à enseigner, non pas que les élèves lui rendent la vie facile. Mais très vite il sait instaurer le respect et ne manque pas en retour de le mutualiser avec ses élèves : une main de fer dans un gant de velours. Sa plus grande satisfaction est de voir évoluer dans le sens de la réussite un élève pour qui tout le monde avait conclu à une totale inaptitude à faire des études.

Pour lui le rôle d’un professeur est de découvrir les richesses cachées qui peuvent exister chez un élève et lui permettre de prendre conscience de sa valeur. Comme il le dit en parlant de ses élèves : « s’ils savent des choses que nous ignorons, ils comprendront aisément qu’il n’existe plus d’obstacle pour les empêcher d’acquérir les connaissances que nous voulons leur transmettre. » En cela il reste fidèle à la philosophie de son directeur, et tout comme lui il développe un modèle d’exigence et de rigueur, le tout supporté par une qualité d’écoute et une chaleur humaine. Pendant 11 ans il occupe ce poste et devient ensuite professeur principal des classes préparatoires.

Il trouve le temps de passer une maîtrise en anglais ainsi que de préparer un doctorat. Son sujet porte sur la légitimité du régicide sous Cromwell. Finalement il est tellement absorbé par ses activités d’enseignant qu’il renonce à soutenir sa thèse. Dans les années 80 on lui confie la partie enseignement secondaire. De suite il crée une seconde polyvalente et européenne avec voyages à l’étranger. Et puis arrive l’année du grand changement. En Mars 1990 l’école reçoit son habilitation de la part de la Commission des Titres d’Ingénieurs. A cette occasion il prend en charge l’Administration Pédagogique de l’Ecole d’Ingénieurs et crée ce qui deviendra le Département International qu’il développera avec le succès que l’on sait.

L’école traverse une nouvelle tempête vers la fin des années 90 mais il est convaincu qu’elle a tout ce qu’il faut pour amener les étudiants vers la réussite. Encore faut-il le faire savoir et se donner les moyens de le faire savoir. L’arrivée à la tête de l’école de Pascal Brouaye et Nelly Rouyres va donner un nouvel élan. En 10 ans l’école est devenue dans sa spécialité l’une des toutes premières écoles d’ingénieurs. Albert Toubiana vient juste de prendre sa retraite. Venu chercher un job, il aura effectué toute sa carrière au sein de l’ECE. Au fil des ans son regard n’a probablement pas changé tant les valeurs fondamentales de l’école, et ce depuis son origine, sont toujours présentes.

Ainsi ce qu’il déclarait en 1989 est toujours d’actualité et constitue cette passerelle qui donne du sens à la vocation de l’école : « Nos élèves sont créatifs ! Le deviennent-ils à notre contact ? Ils ne le deviennent pas. Ils l’ont toujours été ; seulement nous leur permettons de se réaliser pleinement au sein d’un établissement qui est le leur. »

JJ Wanègue

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2 Réponses pour “Albert Toubiana : un pont entre deux époques”

  1. BAUDON dit :

    J’ai connu Albert Toubiana de 2002 à 2007 et rarement j’ai eu l’occasion de pouvoir rencontrer une personne aussi attachée qu’il l’était, à son « entreprise » et aussi dévouée à ses clients, en le cas d’espèce : les élèves-ingénieurs de l’ECE.

    Nul doute qu’il a du lui être bien difficile de quitter cette école, presque son école pourrais-je dire, mais il a eu la chance de participer à son redressement puis à ses succès durant la décennie Pascal/Nelly.

    Je lui souhaite très sincèrement de pouvoir profiter de ce temps retrouvé avec au fond du cœur, la satisfaction du travail accompli et de quelle manière !

  2. Annie dit :

    Merci

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